Conférence de Mathieu Pernot

Quand :
20 novembre 2013 - 17:30 – 19:00
Où :
Frac Bretagne
19 Avenue André Mussat
35000 Rennes
France
Contact :
Frac Bretagne
+33 (0)2 99 37 37 93
Conférence de Mathieu Pernot @ Frac Bretagne | Rennes | Bretagne | France
à l’occasion de l’exposition « Ligne de mire »
Diplômé de l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, Mathieu Pernot réalise ses premiers travaux sur l’histoire douloureuse des populations tsiganes. Dès lors, il s’attache à montrer des lieux d’enfermement les plus divers, les prisons, (Les portes, 2001), présentant des cellules d’établissements pénitenciers fermées ou encore les villes de banlieues dont la destruction spectaculaire révèle avec violence la disparition d’une histoire sociale (Implosions, 2001-2008). Parfois, il photographie depuis l’intérieur même des logements, avant leur effondrement, en relevant les traces de vies laissées par les habitants, comme Fenêtres en 2007. A la croisée de l’histoire, de la sociologie, et de l’anthropologie, Mathieu Pernot cherche à produire des objets qui traversent les disciplines et permettent de porter un regard analytique sur l’histoire, de lui donner une forme. La mémoire et la disparition occupent une place centrale dans ce projet. De même, la représentation de l’architecture est souvent présente, symptôme des moments de bascule politique. Images réexistantes comme les cartes postales, les photomatons, les photographies d’archives et les prises de vues personnelles constituent la matière première d’un travail de montage, proche du document, qui se déploie au fil des séries. Par son approche à la fois engagée et transversale, l’artiste s’inscrit dans la tradition d’une photographique politique.
Dans la série « Ligne de mire », Mathieu Pernot croise, dans un même geste, les principes de la camera obscura et de la technologie photographique contemporaine. Il inverse le dispositif optique de surveillance d’architectures militaires en transformant des postes d’observation en chambre d’enregistrement de l’image. L’œil se retourne sur lui-même. Le paysage de guerre fait place à un espace d’imagination. En considérant les images ainsi réalisées, avec leur tonalité sombres, bleus, terres, noirs, gris, sables, blancs, traces de coups, lignes de béton décoffré, bords un peu tremblés des surfaces de couleur, on s’interroge sur la nature de ce qui se donne à voir : entre peinture et image projetée, perspective et aplat de couleurs, figuratif et abstrait. A travers l’archaïsme du dispositif utilisé, une mise en jeu de la représentation est ici convoquée avec des photographies évoquant tout à la fois les peintures rupestres et pariétales, les fresques picturales de l’Antiquité ou des images vidéos projetées sur un écran blanc, dans une forme de condensé de l’histoire de l’image.
Ces murs sur lesquels se projettent les images inversées ne sont ni anodins ni neutres. Ils appartiennent aux bunkers du Mur de l’Atlantique, né de la volonté du IIIème Reich d’ériger une barrière infranchissable, mis en oeuvre par l’ingénieur allemand Michael Todt. Le béton est fait du sable et des galets des plages, immense affaire de travaux publics, marché juteux de la collaboration entre 1941 et 1944. Vieille de soixante-dix ans, chaque paroi, marquée de graffitis et d’impacts de tirs, partiellement repeinte, sert de support à l’image, parmi les restes de mobilier, bouts de tuyaux, clous. Le mur devient palimpseste. Les fantômes du XXe siècle traversent les photographies de Mathieu Pernot pour raviver nos mémoires.

Commissaire : Jérôme Sother, GwinZegal

Tarif plein 4€ / réduit : 2€ / gratuit pour les moins de 26 ans

 

Visuel : Conférence de Mathieu Pernot au Frac Bretagne