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Multiples et éditions d’artistesMultiples et éditions d’artistes

Des archives actives

Dès la création du Frac Bretagne en 1981, s’est fait jour la nécessité d’accompagner les œuvres de la collection par une collecte d’archives et de documentation sous toutes leurs formes. Un second projet de collection est ainsi engagé, complémentaire, qui réunit quelques 1 480 documents, éditions d’artistes, livres, objets, imprimés.


La collection du Frac Bretagne est établie sur une base historique, prenant sa source dans les années 50 et s’attachant en particulier à la constitution de deux ensembles d’œuvres, à partir desquelles s’effectuent les premières collectes documentaires 


• Autour de la pensée et les partis pris du critique et poète Charles Estienne, dont les écrits ont été rassemblés notamment pour l’exposition organisée en 1984 par le Frac au Musée des beaux-arts de Brest, « Charles Estienne, une idée de nature » (papiers, coupures de presse et poèmes, témoignages écrits ou enregistrés de ceux qui l’avaient connu). Y figuraient en particulier les affiches et les cartons d’invitations, les livres et catalogues des manifestations que Charles Estienne avait organisées seul ou avec André Breton dans le cadre de la galerie A l’Etoile scellée.


Jacques Villeglé,
Raymond Hains
Livre Hepérile
éclaté
, 1953

• Le deuxième ensemble fait une large place aux Affichistes surtout Raymond Hains et Jacques Villeglé avec lesquels, depuis la rencontre originelle en 1981, le dialogue et les échanges ont constamment ponctué la vie de l’institution.
Villeglé, le collectionneur, offre au Frac des archives précieuses comme le livre déformé en 1953 avec Raymond Hains, Hépérile éclaté, d’après le poème de Camille Bryen, le carton de leur première exposition commune à la galerie Colette Allendy en 1957 ou encore celui de son exposition solo au domicile de François et Ginette Dufrêne en 1959 et beaucoup d’autres témoignages de leurs débuts.
En 2003, le Frac organise l’exposition « Raymond Hains, la Boîte à fiches » au Musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc, une occasion exceptionnelle de rassembler une documentation spécifique et fondamentale alors que l’artiste revenait alors sur ses terres d’enfance et renouait les fils de nombreux souvenirs.

Collectionner les éditions d’artistes

Edward Ruscha,
Twenty six
gasoline Stations
,
1963-1969

Le régime de constitution de cette collection, volontairement éclectique, est à mettre en relation avec toutes les facettes de l’activité du Frac Bretagne : en amont, en appui et en aval des programmes d’acquisition, d’exposition et d’éducation. Elle contient surtout des livres, des monographies, des catalogues d’expositions et des documents majoritairement sur support papier, ainsi que quelques objets. Un certain nombre de pionniers y figurent et sont, pour certains, très bien représentés : Edward Ruscha avec 15 livres dont le fameux Twenty six gasoline Stations souvent désigné comme le point d’origine d’un nouvel usage du livre, Lawrence Weiner, Hanne Darboven, James Lee Byars, Lothar Baumgarten, Sol LeWitt… Quelques boîtes également, contenants réellement appréciés par les artistes comme par les éditeurs désireux d’y rassembler éléments homogènes ou hétérogènes, par exemple la boîte Artists & Photographs, éditée en 1970 à 1200 exemplaires à New York ou encore Tinaia 9 Box, dédiée à Marcel Broodthaers et produite par la maison d’édition du même nom à Düsseldorf en 1994, comprenant un fac-similé, une monographie, un livre d’artistes et une « carte du monde poétique ».

N.E. Thing CO.,
Art is all over
(Selection
of Ephemera)
,
1971

Parmi les figures majeures de cet art qui se veut une alternative au musée ou une autre manière de penser la relation au musée, citons Iain Baxter (N.E. Thing Co. et/ou Iain Baxter&) ; Gérard Collin-Thiébaut, qui sait avec talent endosser les rôles d’éditeur, de collectionneur, de commissaire d’exposition, pour subtilement infiltrer le musée ; Dieter Roth qui, dès les années Fluxus, a fait du multiple et de l’éphémère les atouts de son art protéiforme, ou encore Gilles Mahé qui, durant les années passées en Bretagne a produit, entre autres, un numéro de Gratuit sur le Frac Bretagne, ou encore en 1996 « L’exposition la plus branchée de l’année ». Cette dernière focalisait sur l’activité de l’école de dessin par correspondance créée en collaboration avec l’artiste Jean-Philippe Lemée : N.C.D.G.Q.A.D. (Nous cherchons des gens qui aiment dessiner, 1994-1996), dont l’essentiel est désormais réuni en une boîte.

Un des axes majeurs de l’enrichissement de ce fonds est la relation avec les moments forts de la vie de l’institution. L’un de ceux-ci est, à partir de 1985, la programmation du centre d’art de Kerguéhennec (Morbihan) et l’invitation faite aux artistes de créer pour ce Domaine départemental des œuvres in situ. Parmi ceux-ci, Ian Hamilton Finlay, Richard Long, Hamish Fulton, Giuseppe Penone ont fait du livre un lieu de création et d’exposition privilégié, particulièrement bien représenté dans cette collection.


Jean Le Gac, Dans le vingtième arrondissement,
le Musée Jean Le Gac
, 2004

En 1991, le Frac Bretagne participe avec l’Université de Rennes 2 à la réalisation d’une exposition et d’une publication intitulées : « Une scène parisienne, 1968-1972 », qui entendaient faire le point sur le rôle individuel et collectif de huit artistes particulièrement actifs dans la période considérée : Christian Boltanski, Bernard Borgeaud, André Cadere, Paul-Armand Gette, Jean Le Gac, Annette Messager, Gina Pane et Sarkis. La plupart d’entre eux ont trouvé dans le livre un espace supplémentaire, singulièrement adapté à leur recherche et leur pratique de collecte et d’inventaire. Ilya Kabakov s’inscrit de manière évidente dans le même registre, celui du livre considéré comme une métaphore de la collection : sujet et objet de collection. C’est le cas par exemple de l’ensemble des archives de 1990 à 1997 de Museum in Progress. Celles-ci restituent les productions d’artistes diffusées à travers les médias, journaux, magazines, panneaux d’affichage, concrétisant ce projet original tel qu’il est énoncé par ses fondateurs (Joseph Ortner et Kathryn Messner) : « Museum in Progress veut être le modèle expérimental d’une nouvelle manière de financer, organiser, exposer, et traiter l’art face aux contradictions culturelles créées ou exacerbées par le boom muséal des années 80 ».

Par ailleurs, le double aspect du livre, conceptuel et perceptif, permet, en regard des œuvres, des synthèses éclairantes et différentes : Jean-Marc Bustamante (équivalence visuelle), Cécile Bart (manipulation possible du matériau utilisé pour ses peintures/collages). La collection de quelques centaines de ses cartons d’invitation offert par Franz Ehrard Walther lors de son exposition à la Criée en 1999, offre un raccourci saisissant de ses recherches en matière de graphisme et de couleur.

Editer des livres d’artistes

Le Frac, régulièrement, se fait éditeur et/ou co-éditeur de livres d’artiste. En 1988, Hamish Fulton, à l’occasion de son exposition personnelle au Domaine de Kerguéhennec, livra son premier entretien destiné à l’édition, réalisé avec son ami le poète Thomas A. Clark, et intitulé : Standing Stones And Singing Birds in Brittany (Des Pierres Levées Et Des Oiseaux Chanteurs En Bretagne).

Une collaboration de longue date lie le Frac Bretagne aux éditions Incertain Sens dont le projet de recherche et d’édition s’inscrit dans la postérité des pionniers notamment par une production d’ouvrages dont le prix modique encourage la diffusion, en rupture avec l’idée d’un tirage limité et numéroté. Avec celles-ci, le Frac Bretagne a co-édité nombre de projets, la plupart connectés à la collection, parmi lesquels AND HERE, AS de Peter Downsbrough ou, sortie en 2007, la remarquable Autobiography de Robert Barry dont la concrétisation a demandé plus de trois ans.