Cécile Bart Effet d’hiver

Vernissage le jeudi 20 décembre

Cécile Bart, Suspens 2011, Peintures/écrans, exposition d'ouverture de la collection Billarant, Le Silo, Marines, 15 mai 2011-avril 2013 Crédit photo : Cécile Bart

Du 21 décembre 2018 au 10 mars 2019, le Frac Bretagne présente
Effet d’hiver, une exposition où Cécile Bart déploie les différents registres de son œuvre : peintures/écrans, peintures/collages, Lisses et, plus récemment développées, les images, qui combinent images fixes, images animées et surfaces colorées.

Selon ses propres mots, Cécile Bart est peintre et, en forgeant à la fin des années 1980 ce qui deviendra son outil privilégié, les peintures/écrans, elle a ouvert une voie nouvelle au monochrome, au mode d’apparition des images, au concept-même d’exposition. Dans les espaces du Frac Bretagne, l’artiste construit un parcours qui donne à voir dans le même temps, de multiples configurations des peintures/écrans, de nouvelles versions de Silent Show (CCC OD, Tours 2017-2018), de Virevoltes (Musée des beaux-arts, chapelle de l’Oratoire, Nantes, 2009-2010), des Deux Dames (Musée des Beaux-arts de Dijon, 2005) et des dispositifs aux affinités théâtrales qui, par l’association de différents éléments au mur et dans l’espace, proposent une œuvre totale, quasi immersive. À travers Effet d’hiver, exposition dont l’ampleur est inédite, le visiteur est convié à faire l’expérience d’un art qui tire force et liberté d’une forme de simplicité, de la justesse de ses propositions et qui, continûment, s’enrichit de ses propres prémices.

Les peintures/écrans investissent la première salle. Réalisées à partir du strict vocabulaire du tableau : de la peinture appliquée à la brosse sur une toile elle-même tendue sur un cadre, elles doivent à un choix singulier de matériau, le tergal, et à un traitement de la peinture, essuyée dans le frais pour préserver tout ou partie de la transparence du voile qui l’accueille, leurs qualités duelles dont Cécile Bart ne cesse de jouer dans des contextes très différents.

Au Frac Bretagne, les peintures/écrans s’échouent au sol, s’élèvent dans l’espace, fixes ou mobiles, et composent comme une pièce où le visiteur aura un rôle-clé, celui d’éprouver, par son propre mouvement et dans l’aléa d’une luminosité changeante, couleur et lumière, jour et contrejour, transparence et opacité, champ et hors champ. Dans cet espace, l’artiste propose aussi une nouvelle version de La Suite dans les images (Musée Denon, Chalon-sur-Saône, 2018), une installation comprenant Posters, diaporamas et peintures/collages. Non loin, la reconstitution d’une œuvre de 1986 témoigne de ce que la projection est à l’ensemble de l’œuvre une donnée précoce et essentielle.

De manière implicite, les peintures/écrans conversent dès l’origine avec le cinéma. Référence constante depuis les années d’études à l’École des beaux-arts de Dijon, les indices en sont nombreux : le cadre qui invite au décadrage et au travelling, le rôle de la lumière sans oublier les « acteurs » si l’on songe à ce que la disposition des peintures engage des trajectoires des visiteurs.

Cécile Bart, Silent Show, 2017 © Cécile Bart - Crédit photo : Emmanuel Decouard - Courtoisie CCCod, Tours

Cécile Bart, Silent Show, 2017 © Cécile Bart – Crédit photo : Emmanuel Decouard – Courtoisie CCCod, Tours

Beaucoup d’éléments étaient déjà là avant que les écrans, dans un espace noir désormais, n’accueillent des projections d’extraits de films et que le cinéma – et la danse – ne fassent irruption avec éclat dans Silent Show, présentée au CCC OD l’hiver dernier, et dont une nouvelle partition sera présentée dans le cadre d’Effet d’hiver. En utilisant des images animées, Cécile Bart rompt avec l’ici et maintenant de l’exposition et y introduit une autre temporalité.

Dans la grande galerie, une suite d’œuvres poursuit le dialogue avec l’espace. À commencer par les Lisses qui, en dépit de l’humilité de leurs matériaux, fils de laine et fils de coton, suspendus selon différentes figures géométriques depuis le plafond, se mesurent à l’architecture. Tout à la fois dessins fragiles, sculptures matérialisant des volumes vides que seul le regard peut traverser, les Lisses prolongent les recherches de Cécile Bart, attentive aux interrelations de la couleur et de la lumière, aux effets vibratiles de l’air. Appartenant au Musée des beaux-arts de Dijon, Les Deux Dames, deux enclos pour deux sculptures classiques, deviennent Penser/Pleurer au Frac Bretagne en abritant des sculptures appartenant au Musée des beaux-arts de Rennes (Pierre Gourdel, Jeune savoyard pleurant sa marmotte, et Gabriel-Jules Thomas, La Pensée). Paradoxe de cet appareil de vision : les œuvres sont en ombre chinoise, floutées en noir ou blanc par les peintures/écrans.
Ce dispositif n’est pas sans rappeler le goût de Cécile Bart pour les photos à contrejour, pour des vues intimes dans des ateliers d’artistes. Elle l’applique à ses propres photographies, les Mouvantes, selon elle sans qualité particulière, où sont captés des jeux d’ombre et de lumière, fugitifs et flous moments d’entre-deux, où sont enregistrés ses autoportraits en creux les bien nommés Ombroportraits ; ce qui au passage permet de souligner le soin apporté au titre des œuvres, leur pertinence éclairante. Plus avant, L’Hypothèse verticale, vaste dispositif précédemment montré au Musée régional d’art contemporain de Sérignan (2012) inclut murs et espace, lui-même divisé au moyen de grandes peintures/écrans faites de cloisons perpendiculaires, sur lesquels jouent des formes géométriques redoublées par les effets de transparence et de reflet. Le visiteur est comme enrobé, désorienté, par et dans ce décor abstrait.

Au fil du parcours, une œuvre rare se dévoile, à la fois intelligible et sensible, où chaque élément semble défini avec la plus grande précision en même temps qu’il accueille et transforme l’incontrôlable, le hasard, le mouvement des visiteurs, l’apparition d’un trait de lumière, l’ombre d’un nuage qui passe. Réputée et, de fait, sollicitée pour son efficience in situ, l’œuvre va au-delà, conjuguant autonomie et pensée du contexte, et comme le montre Effet d’hiver, elle se réinvente constamment.
Cécile Bart construit une œuvre ouverte.

Vernissage jeudi 20 décembre 2018 à 18h30

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Visuel haut : Cécile Bart, Suspens 2011, peintures/écrans , exposition d’ouverture de la collection Billarant, Le Silo, Marines, 15 mai 2011-avril 2013  – Crédit photo : Cécile Bart