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A l’occasion de la sortie de résidence de création de Julie Sas à la Maison de la Poésie de Rennes, celle-ci et le Frac Bretagne vous invitent à des lectures croisées de Théo Robine-Langlois et Julie Sas, pour les lancements du Gabion (After 8 Books) et de Dispersantx (DQ Press / The Cheapest University).

 

Programme de la soirée :

– Lecture par Julie Sas d’un extrait de Le grand soir est une femme féroce, manuscrit en cours d’écriture

– Lecture par Théo Robine-Langlois du Gabion (After 8 Books)

– Présentation de « Dispersantx », ouvrage collectif dirigé par Julie Sas au sein de The Cheapest University (DQ Press), suivie de lectures de quelques extraits des textes de Claire Finch, Rosanna Puyol et Oriane Déchery.

 

Le grand soir est une femme féroce, Julie Sas

Dans les années 1880, lors du procès de La Bande noire, entité regroupant différentes organisations ouvrières d’inspiration anarchistes, le président du tribunal interroge l’un des inculpés : « On a saisi chez vous des lettres d’un agitateur vous recommandant d’être énergique, parce que le grand soir approchait. Que voulait dire cette phrase ? » Nom de code d’un projet de renversement radical de l’ordre social, l’expression spéculative « le grand soir » cristallise encore, dans ses usages contemporains, un imaginaire libertaire autant qu’il témoigne d’un désir collectif de subversion des rapports de domination.

Le grand soir est une femme féroce est un texte de prose expérimentale en cours d’écriture cherchant, par détours langagiers et agencements de situations énonciatives, à déplier le sens ainsi la portée politique et sociale de cet énoncé. Actualisant l’expression dans un contexte contemporain marqué par des phénomènes de crises et de révoltes sociales, ce texte met en regard deux situations d’énonciation : celle d’un procès-verbal, dressé dans le cadre d’une garde à vue, et celle d’une assemblée générale de femmes en lutte. Empruntant aux combats féministes actuels et opérant par glissement de sens, enquête syntaxique et éclatement polyphonique, Le grand soir est une femme féroce dessine ainsi une cartographie des arrêtes argumentatives composant le champ de bataille d’une confrontation langagière où le procès du verbe pénal et néo-libéral rencontre un processus de libération de la parole.

 

Le Gabion, Théo Robine-Langlois (After 8 Books)

Au départ, une simple anecdote: un gabion de chasse typique des marais normands se détache de son ancrage pour dériver dans l’Océan Atlantique, avec des chasseurs incapables de nager à son bord. Théo Robine-Langlois transpose cette histoire à une échelle interstellaire: le Gabion, vaisseau spatial chasseur d’astéroïdes conçu pour être attaché à la Terre, dérive dans l’espace. À la suite d’Anton, on traverse les différentes communautés qui peuplent le bâtiment, monde en soi où se côtoient et s’affrontent des mœurs, des modèles de société, et surtout des formes de langage. Anton, lui, tente d’échapper à celui qui prétend régir le vaisseau, en récoltant des photocopies éparpillées dans ses méandres, jusqu’à son mystérieux cœur…

Empruntant au roman d’apprentissage autant qu’à la science-fiction, Le Gabion est aussi une chanson de geste: une odyssée symbolique où la langue et la figure de l’auteur sont traités de manière expérimentale, comme faisant partie du récit lui-même. Les langues que parlent les personnages contaminent le livre, qui se construit comme un montage où poésie, philosophie, histoire littéraire, hip hop et échanges SMS se rejoignent. En parcourant le Gabion, les lecteur.trice.s rencontrent différents rapports au langage, qui se concrétisent à la fin du livre par l’élection d’un maire de banlieue parisienne.

Le Gabion poursuit le travail entamé par Théo Robine-Langlois dans son premier livre, […], où le subterfuge typographique des points de suspension entre crochets signifiait à la fois l’existence de trous dans la langue, d’échappatoires dans l’imaginaire, et de nuages dans le ciel. Dans Le Gabion, on peut se cacher dans un paragraphe, lire entre les lignes d’un manuel de photocopieuse, se battre avec des missiles-poèmes, rencontrer des enfants sanguinaires et des sororités féministes. On traverse également plusieurs siècles de poésie française, des troubadours à Henri Chopin ou Hélène Bessette.

 

Dispersantx, ouvrage collectif dirigé par Julie Sas, DQ Press / The Cheapest University

Dispersantx est un projet éditorial collectif de DQ Press, issu de l’atelier Silent Red Alert conduit par Julie Sas au sein de The Cheapest University, une école expérimentale fondée par des artistes. Il rassemble les textes des auteur·x·trices et artistes Oriane Déchery, Kevin Desbouis, Claire Finch, Charlotte Houette, Nina Kennel, Rosanna Puyol, Diane Réa, Théo Robine-Langlois, Sophie T. Lvoff, France Valliccioni et Elsa Vettier.

Dispersantx s’intéresse à l’embranchement de stratégies d’écritures dites « mineures » (notes, appropriations langagières, prose expérimentale et théories alternatives) à celles de formes de diffraction identitaires ; aux articulations possibles entre la création d’énoncés et la fabrication d’identités plurielles ou opaques. Faisant résonner une polyphonie de voix qui sont autant d’éclats de subjectivités décentrées, les textes composants cet ouvrage témoignent de formes d’engagements et de stratégies de résistances formulées à l’encontre de dispositifs de pouvoir et de cadre normatifs. Par la déprise, l’ex-centricité ou l’expérience d’un « hors de soi », ils œuvrent à des processus de soustraction aux normes ou à des formes d’assignations identitaires ou subjectives aliénantes.

Ouvrage réalisé avec le soutien de la Maison de la poésie de Rennes.

 


Visuel : Charlotte Houette, Rose Marie, 2020, sérigraphie encre UV sur papier