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CE MOIS-CI, C’EST LA TOURNÉE DU PATRON ! BUVONS À LA SANTÉ D’UN PROJET ARTISTIQUE ANCRÉ DANS LA VIE QUOTIDIENNE ET SA RÉALITÉ SOCIALE ET ÉCONOMIQUE : LE LAFAYETTE (1991)QUAND L’ARTISTE GILLES MAHÉ EST DEVENU PATRON DE CAFÉ. 

Extérieur du Café Le Lafayette, nov. 1991, © Michèle Mahé. Photo : Frac Bretagne

La liste est longue des projets de Gilles Mahé, né en 1943 à Guingamp et décédé en 1999. Connu pour ses expositions de collections d’images, pour l’édition de la revue Gratuit, dont chaque page était vendue à un annonceuret son invention de projets artistiques mettant en jeu les règles du commerce et de l’entreprise. La création en 1990 de la société capitalistique Gilles Mahé & Associés S.A. vouée à faire vivre l’artiste et à produire des œuvres en est un bel exemple : l’ensemble des œuvres de Mahé expertisé constituait le capital de départ, la vente des actions complétait la mise de fonds. “Vous pensez que spéculer sur la mort d’un artiste c’est dégueulasse ? Spéculez sur sa vie !” (in Gilles Mahé : monographie. – Paris : Ed. Jean-Michel Place, 2004, p. 294). Un an après, l’artiste devient le gérant d’un café destiné à la démolition, Le Lafayette, situé au 11 rue Mogador à Paris (derrière les Galeries Lafayette). L’occasion pour lui de s’élever contre un changement de réglementation de la TVA : “les artistes étant sur le point d’être assujettis au régime de la TVA à 18.6%, nous choisissons le commerce de la limonade (ibid., p. 359-362).

Document Café carte Ron & René, © Michèle Mahé. Photo : Frac Bretagne

Être patron de café, c’est de l’art ? 

Pendant quatre mois, Gilles Mahé retrousse ses manches et sert les pressionsrelayé par son fils, Matthieu, ou parfois des professionnelsLes clients ignorent la double activité du patron, mais, en sous-main, l’artiste veille. Il entame un cahier Clairefontaine violet et bleu à petits carreaux pour recueillir les « Mémoires de La Fayette », remplit des carnets de notes et de croquis, garde soigneusement des photos des clients et du lieu (dont celle d’une vitrine de Noël commandée à Daniel Buren), les menus du café, un bordereau de remise de chèque, un ticket de caisse, des tampons en boisune pièce de 1 franc et toutes les traces sensibles de cette aventure. On peut les consulter en ouvrant la boîte n°31 du fonds d’archives Gilles Mahé.

Dessin de Gilles Mahé annoté “Marie est assise à la table de Patricia et Delphine – 19h40” issu d’un livre de brouillon violet avec tampon “Fête de Noël”, feutre rouge et crayon à papier aquarellé, © Michèle Mahé. Photo : Frac Bretagne.

Pour mieux comprendre la valeur qu’attachait l’artiste à ses archives – parmi des milliers d’autres dans 79 boîtes lisons une citation de Fernand Léger dont la source reste à vérifier, mais que Gilles Mahé avait exposée en 1984 sous la forme d’un document :
« Rappelle-toi les dates, le temps ; rappelle-toi quand tu l’as écrit, regarde au dos de tes bouts de papier, de tes croquis ou tout cela a été noté, esquissé, dessiné ; retourne un peu toutes ces notes vivantes et improvisées ; regarde au dos ; ce sont de vieux bouts d’enveloppes, un rendez-vous d’amour, la note du marchand de couleurs, du charbonnier, un télégramme… C’est toute l’histoire de ta vie au jour le jour. Il faudra la raconter une fois (si tu es encore de ce monde), leur dire, à tes nouveaux amis et admirateurs. Ils en auront les larmes aux yeux » (in Jean-Marc Poinsot, Les artistes contemporains et l’archive : interrogation sur le sens du temps et de la mémoire à l’ère de la numérisation. – Rennes : PUR, 2004, p. 127).

 

Document Café carte Ron & René, © Michèle Mahé. Photo : Frac Bretagne

Le Lafayette est un des nombreux projets à la frontière des genres de Gilles Mahé : entreprise alimentairepas vraiment une performanceet pourtant proprement artistique. Car venant d’un homme qui pensait tous les actes de sa vie comme une joyeuse entreprise artistiqueMais c’était d’abord un lieu de convivialité comme les aimait Gilles Mahé, qui, on le saura, était un artiste profondément ouvert sur les autres.
De quoi donner envie d’aller boire un verre ? 

 

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Visuel : Extérieur du Café « Le Lafayette » (détail), nov. 1991 © Michèle Mahé.
Photo : Frac Bretagne.

 

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