Francesco Finizio
12.02 - 23.05.2021
Frac Bretagne, Rennes

Go Ghost !

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À travers une esthétique « fait-main » et une approche spontanée pleine d’humour et d’ironie, Francesco Finizio développe une pratique basée sur l’observation d’incidents et de phénomènes qui interrogent autant les notions de transaction et de valeur, que de signification de nos constructions culturelles. Ses installations sont à la fois des modèles et des événements. Ainsi la représentation d’espaces planifiés pour des activités commerciales, pour l’habitat, l’exposition, la construction, l’archivage ou encore le travail, ont un aspect programmatique qui permet de spéculer activement sur les usages, les statuts et les sentiments que ces espaces cultivent.

Pour introduire son exposition au Frac Bretagne, l’artiste prend la parole. Poétique dans la forme, proche du slam dans ses sonorités, son texte ci-dessous se veut à la fois prise de position et amorce narrative.

Une bête balancée dans un espace vide, un champ ou une cage

Se précipitera vers le coin

Un espace vide s’annonce.

Froid et sombre.

Un interrupteur niché discrètement

Permet de s’exercer

À jouer au maître du jour et de la nuit.

Extinction. Allumage. Cool white. Un blanc béant.

w O mb

r OO m

t O mb

C’est-à-dire le ventre (maternel), l’antre, et le tombeau en anglais

Partagent une voyelle

Qui fait O-ffice d’O-uverture

Qui sonne pareil mais se dédouble dans le mot “room”

Pour indiquer un va et vient peut-être,

Que l’on puisse entrer et sortir à son gré

“Every day I push the broom across the room to make some room for the next day.” (“Chaque jour je balaie la place pour faire de la place pour le jour qui suit”)

Un espace est bien plus que le jeu de ses murs, de son sol et son plafond, de ses portes et ses fenêtres

Un espace devient ce qu’il est selon ce que tu y mets, comment tu organises les choses, leurs qualités respectives.

Comme démontré si bien par Martin Kippenberger dans “The happy end of Kafka’s America”

Comme le montre mon travail “How I went In and out of Business for seven Days and Seven Nights”

Je m’intéresse aux espaces qui se construisent depuis l’intérieur plutôt que d’en haut

L’exploration spatiale commence au bout des doigts

Je m’intéresse à l’espace pluriel et mobile. Il a lieu, est et a été.

Je m’intéresse au moment où une chose devient plusieurs.

Les contours se floutent. Les formes se meuvent.

On divague précisément, porté par le battement incontrôlable d’une paupière.

La tyrannie linguistique des marchandises nous enseigne qu’une table est une table est peut-être une table à manger mais n’est certainement ni un bureau ni un établi

Une table est aussi un lit, un abri, un radeau, un bouclier, un table-au

C’était ça l’idée derrière mon expo ARKPARKCRAFTRAFTCLINICLUBPUB à MOBY, Bat Yam, Israël

Où le vaisseau qu’est le batmen même devenait tous ces espaces à la fois.

Il faut mettre les noms de côté pour expérimenter les choses à nouveau.

Le langage a besoin d’épaississants pour que les mots se gardent plus longtemps en bouche

Il faut remettre le pâteux dans la poésie.

Que c’est triste de voir une chaise réduite à un ensemble de représentations logocentriques.

Alors qu’on pourrait penser les choses par affect tel pose cul plume

“Jam Econo” comme chantaient les Minutemen.

Faire avec des marteaux à la place des mains.

Opposer le gauchisme de deux mains gauches au pouce qui s’impose par opposition

S’abrutir pour faire connaissance des choses, les aider à parler d’elles mêmes

Lo-fi semper fi : les coquillages font bien office de cellulaires

Le prototypage rapide basse-res laisse l’imagination libre de penser et peser le meilleur et le pire.

Finir est plus loin que je souhaite aller.

Pratiquer la corde raide des bouts de ficelles

Organiser, désorganiser, confondre et inconfort.

GO GHOST !!!

Les fantômes ne fabriquent point. Ils font bouger les choses.

Ils font trembler les vitres et les murs, deplacent meubles et objets, secouent la maison et tout ce qu’il y a dedans…

Ils provoquent rencontres et collisions, squattent les corps comme des voyous s’emparent d’une caisse pour une virée nocturne…ils les possèdent

Pour ainsi dire – de la ventriloquie

Mon économie est celle du comique de stand-up

Un verre d’eau et un micro, peut-être un tabouret pour quand le verre fatigue.

La condition du comique de stand-up n’est pas sans ressembler à celle de l’anachorète : on bosse son truc, spartiate et solitaire

Bunuel l’a exploré avec son Simon du Desert.

Les dépenses sont minimes, le stockage n’est pas un souci.

Une économie stand-up

Je me rappelle une prof aux beaux-arts qui nous reprochait nos boutades

Crimes abjects à ses yeux

Mais si tes boutades sont bonnes et tu arrives à en aligner plusieurs, tu auras vite ton répertoire

Et peut-être que cela te permettra de dire plus que ton auteur américain moyen dans un pavé de six cent pages. *

* Ce texte est une traduction. Retrouvez la version originale sur la page en langue anglaise de ce site.

L’ARTISTE

Francesco Finizio (1967, Etats-Unis), vit et travaille à Plouzané.

“Le travail de Francesco Finizio s’imprègne de l’oppressante saturation matérielle qui nous entoure. L’artiste utilise des ressources quotidiennes ; des moyens simples mais sophistiqués qui lui permettent de concrétiser ses recherches sur le langage et les gestes du consumérisme et des médias de masse. Ses travaux renouvellent ainsi de manière poignante notre façon d’envisager et d’articuler notre condition économique, culturelle, sociale, politique et artistique.” Joshua Simon, neomaterialism.tumblr.com, mis en ligne le 20 février 2015, [consulté en ligne le 29 janvier 2021]. Disponible sur https://neomaterialism.tumblr.com/

Francesco Finizio est diplômé d’un Master of Fine Arts au Hunter College de New-York en 1992. Il réalise en 1997 un post-diplôme à l’École supérieure des Beaux-Arts de Marseille. De 2000 à 2005, il enseigne la sculpture et la vidéo à l’Université d’Aix-Marseille. Il est aujourd’hui enseignant à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Brest. Son travail a été notamment présenté au MOBY, Museum of Bat Yam de Tel Aviv – Israël (2015), au CAN de Neuchâtel – Suisse (2016) ou plus récemment à la Galerie RDV à Nantes (2019). 

+ En savoir plus sur le travail de l’artiste sur le site de Documents d’Artistes de Bretagne

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Visuel : © Francesco Finizio. Crédit photographique : Aurélien Mole